Bovarysme quoi qu'est-ce?

 

définitions:

Ennui romanesque engendrant un recours dramatique à se concevoir autre que l'on est (de "Madame Bovary", roman de G. Flaubert).
Le bovarysme décrit « un état d’insatisfaction, sur les plans affectifs et sociaux, qui se rencontre en particulier chez certaines jeunes femmes névrosées, et qui se traduit par des ambitions vaines et démesurées, une fuite dans l’imaginaire et le romanesque.

 Le bovarysme traduit surtout une identification excessive à un personnage de fiction. Mais aussi à une frustration sexuelle dans la vie de couple.

Comportement caractérisé par une tendance à fuir dans le rêve l'insatisfaction éprouvée dans la vie (vient du nom de l'héroïne du roman de Flaubert)

consulter:
http://flaubert.revues.org/index411.html


extraits de:
http://pagesperso-orange.fr/selene.star/bovarysme.htm

Ce fait est le pouvoir qu'a l'homme de se concevoir autre qu'il n'est.
Le bovarysme est le père de l'illusion sur soi qui précède et accompagne l'illusion sur autrui et sur le monde. Il est l'évocateur des paysages psychologiques par lesquels l'homme est induit en tentation pour sa joie ou pour son malheur. (...)
Ce qui caractérise le bovarysme, c'est l'inconscience de l'hypnose, c'est la sincérité du rêve que l'on vit éveillé. Dans le véritable bovarysme, aucun calcul égoïste n'entre en jeu. Il faut bien distinguer ce cas de celui où l'homme se conçoit autre qu'il n'est, en vue d'utiliser cette fausse conception de lui-même comme un moyen de donner le change à autrui et de l'amener à ses fins. (...)
Le véritable bovarysme consiste à se duper soi-même pleinement, heureusement, de tout cœur et sans arrière-pensée, dût cette illusion nous mener aux pires catastrophes.(...)

Douée de son plein pouvoir d'illusion, la Fiction bovaryque va agir dans l'éducation, dans l'imitation, dans toute la série des actions et réactions sociales. Elle s'avère la Force vitale par excellence, l'idée créatrice de réalité, l'Idée-Force.(...)

Au bovarysme en tant que moyen de production et d'évolution du réel se rattache une autre loi : la loi d'Ironie. Cette loi, formulée déjà par J. de Maistre, Amiel, Proudhon, porte que le but atteint n'est jamais celui visé par le tireur, que les buts se déplacent et se transforment sous notre regard ; que notre finalisme est une perpétuelle duperie.(...)


Passons au sens abstrait, métaphysique, ésotérique du mot Bovarysme. Ici le bovarysme n'est plus une loi psychologique des individus ou des collectivités humaines dupés par leur imagination pour leur joie ou leur malheur. Il devient un principe métaphysique, une modalité essentielle de cet Etre universel dont M. J. de Gaultier, en De Kant à Nietzsche, a posé le concept à l'origine de sa symbolique illusionniste. - Rappelons-nous sa formule : l'Etre universel se conçoit nécessairement autre qu'il n'est. Un, il se conçoit multiple, scindé en sujet et objet. Telle est la première démarche métaphysique sans laquelle la généalogie du monde ne se conçoit pas. C'est là le fait de bovarysme essentiel, métaphysique, dont tout le reste dérive. (...)


Y a-t-il une ligne de démarcation nette entre la personnalité réelle et la personnalité bovaryque ? Evidemment non. La personnalité bovaryque n'est que le prolongement de la personnalité réelle ou prétendue telle ; elle ne fait qu'en exprimer certaines virtualités et certaines tendances refoulées par les circonstances. Prenons le cas typique de Tartarin. Le non-vrai qu'il étale si complaisamment devant nous et auquel il finit parfois par croire lui-même, n'est pas entièrement faux. Loin de là ; toute la vérité de Tartarin réside dans ses tartarinades. Car elles nous décèlent le vrai Tartarin, tel qu'il aurait dû être, les circonstances s'y prêtant. Et qui sait jamais si elles ne s'y prêteront pas ? Si la personnalité bovaryque ne se révélera pas dans quelque mesure ? M. J. de Gaultier suppose ingénieusement l'action du Bourgeois gentilhomme se prolongeant par delà la rampe et M. Jourdain finissant par devenir un gentilhomme assez présentable, à peu près comme le Caliban de Renan, devenu possesseur du palais et du pouvoir de Prospéro, devient un prince fort passable. - Cela revient à dire que les états bovaryques appartiennent à la personnalité tout comme les états non bovaryques ; ils s'inscrivent sur la même ligne ; le bovarysme est moins une déviation qu'une anticipation de la personnalité : évolution tantôt harmonique et heureuse, tantôt dysharmonique et malchanceuse. Le bovarysme apparaît ici comme un aspect de la fiction psychologique fondamentale : la fiction de l'identité du moi, la fiction d'un moi distinct de la suite des changements où il évolue ; il rentre dans cette loi plus générale, déjà formulée en De Kant à Nietzsche, d'après laquelle le moi sujet, pour prendre connaissance de lui-même, se situe en objet pour un sujet dans le temps et érige une part de lui-même sur le socle du passé et aussi de l'avenir, pour se voir lui-même comme du dehors et à distance. (...)


Le bovarysme entendu dans son sens profond, comme principe subjectif de contradiction de soi-même, implique nécessairement l'idéalisme. Le bovarysme est une loi de la pensée avant d'être une loi de l'existence. On peut en dire autant du déterminisme de la force et de la part d'aléa qu'il implique. Ainsi, au faîte de la dialectique ascendante que nous venons de parcourir, se prononce l'axiome idéaliste : l'univers est une pensée. Esse est percipi.

 
sources: pages:

http://pagesperso-orange.fr/selene.star/bova_neuf.htm
http://pagesperso-orange.fr/selene.star/bova_dix.htm
http://pagesperso-orange.fr/selene.star/bova_quatorze.htm