PEINE

Si trop battue
Je laisse un jour
Pencher sur neige
L'âme violette

Si trop battue
Je laisse un jour
Tourner le ciel
D'acier mortel

Si trop battue
Je laisse un jour
Des mains crispées
Griffer la glace

Si trop battue
Je laisse un jour
Un long corps bleu
Porté à deux

Ovida Delect
AU BLOCK 4

 

Sous l'étoile trop pure
Du grand ciel froid
La toile de la tente
Au vent qui tourmente
Claque - et c'est la voile
Des galères d'autrefois.

Oppressés, compressés
Les prisonniers s'irritent
Des toux rocailleuses
Et des voix pleureuses
Des mourants qui s'agitent.

Le projecteur est dur
La sentinelle boit
Je ferme mes gerçures
Et mes lèvres sans joie.

Le projecteur est dur
La sentinelle boit
J'étire mes jointures
Et fais craquer le bois.

Ovida Delect


Ovida Delect : déportée à Neuengamme pour faits de Résistance. Composés sans crayon ni papier, en janvier 1945, dans un camp d'extermination nazi, après une marche de 5 kilomètres, pieds nus, dans la neige. Elle avait alors dix-huit ans.

 

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